La douce banalité d’un soir d’été parisien

Rue Letort
Paris s’est désertée. Rue Letort, une petite brise d’août. Les habitués sont là, mais pas tous. Ils se saluent, boivent un verre. Un homme en chemise bleue observe tout avec ses cheveux gris, sans rien dire, mais son regard qui se lève et sa tête qui pivote le trahissent. Il a posé un filet rouge contenant quatre oignons énormes et jaunes sur sa table. Un tout petit carnet aspire sa concentration. Stylo dans la main droite, il fait semblant de ne pas regarder autour de lui mais écrit tout ce qu’il se passe.

L’ambiance change
Une famille avec enfants sur trottinettes débarque. Un immatriculé dans le 77 rend visite à sa famille qui tient le rade. Il se gare à l’arrache et déboule. C’est familial et souriant. Une cliente se lève et parle, volubile. Elle a reconnu le conducteur. L’ambiance change. Le vin rouge tape. Les jupes dansent avec l’air. La télé diffuse tous les clips de Queen. Les hommes en short ont les jambes trop blanches. Les vieux, en chemise, pantalon, mocassins, ont le masque chirurgical sur le menton. Ils sont stoïques. Ils ne s’ennuient pas. Ils accompagnent leur bière dans sa raison d’être, posée sur leur table ronde en terrasse, savourant une soirée d’été parisienne, simple. Ceux qui boivent un Monaco – un homme à petit chignon grisonnant et chaussures bateau sous un jean bleu, et sa compagne, toute en noir, et en baskets, cheveux longs, blonds, détachés, soucieuse – se tiennent les mains par-dessus la table. Leur attachement l’un à l’autre est touchant. Le serveur aussi a le masque sous le menton. Le journaliste aux jambes blanches se caresse la barbe en interviewant officieusement un ami russe au look bien propre, peut-être militaire, maigre, à petite frange, comme Tintin. Le serveur au regard doux poursuit sa petite danse rapide entre les tables. Le couple s’est détaché la main.

*Ce 18ème où tout le monde se connaît *
La maman qui a reconnu la famille des patrons parle de sa vie privée. Elle est célibataire. Sa fille est peu concentrée sur sa trottinette. Les bières couleur ocre se descendent bien, synonymes des vacances. Il fait bon vivre dans ce 18ème où tout le monde se parle, comme sur la place d’un village de Provence quand le soleil a tapé sans délicatesse toute la journée. Le couple aux Monaco boit des Campari en se caressant réciproquement le bout du nez. La maman célibataire déclare : « moi, le confinement, ça m’a pas changé grand chose. »

De l’amour
De l’autre côté de la terrasse, un autre homme au look de journaliste – lunettes rondes, calme, tee-shirt sous chemise bleue ouverte, sirote, serein. La télé passe des chansons enflammées de Scorpions. Le couple aux Monaco- Campari s’embrasse longuement sur la bouche en se tenant la nuque.
Bref, un dimanche soir dans le 18eme, l’été.

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