Manger, oublier; peut-être heureux, se heurter 4

Lundi 20 juillet

Nice toujours
Manger

19h45. Je m’assois à une petite table ronde et noire de bar. Autour de la table ronde, pas de conférence, non. Juste moi, pas d’enfant intérieur, pas de questionnements de voyage du type « pourquoi tu pars seule ? qu’est ce que tu attends de tes vacances ? quelles étaient tes intentions en venant ici? » Juste moi et ce qu’il reste de batterie dans mon téléphone. J’ai un reproche à faire à ceux qui m’ont initiée à Nice, par contre.

Souvenirs confus

Je ne crois pas qu’ils m’aient emmenée ici, rue Bonaparte, dont le bitume bleu résonne avec les chaises jaunes rouges vertes, disparates. Ou peut-être que si. Tout est si diffus de mes souvenirs d’il y a cinq ans. Vous aussi, vous avez ça ? On classe on range on oublie et quand on revient dans une ville qu’on a abordée dans le passé, il faut réapprendre les rues les plages les bars les restos, l’orientation. Je m’assois au Comptoir central électrique, à l’extérieur avec ses tables désassorties. Les dames à côté de moi ont cinquante ans. Elles se servent du vin blanc frais au teint jaune qu’elles tirent du truc qui conserve les bouteilles au frais. Au fait, on est sûr que ce truc a un nom en vrai ?
Elles mangent et bavardent de la même façon : avec appétit et légèrement penchées vers l’avant. Avec envie et mordant.
Je commande une salade de quinoa en regardant les murs défraîchis délavés à dessein, les bouteilles d’alcool fort qui s’alignent, géométriques, sur l’étagère au-dessus du bar à la tranche dorée. Les dames à côté sont un peu baba cool, elles sont heureuses, je ne les entends pas faire de critiques avec un ton qui s’inclinerait vers le bas.

Le Niçois heureux mais pas trop

J’ai parlé longtemps avec un Niçois au ventre rebondi dans sa chemise bleue, dont le père le grand-père et l’oncle, tous Niçois comme lui, s’occupaient du carnaval autrefois. Il était attablé dans ce resto que j’aime bien, dont je vous ai parlé hier et où j’ai bu un citron pressé aujourd’hui en rentrant de balade. Le Niçois d’origine ne veut pas rester là quand il sera à la retraite même s’il adore sa ville. Il dit qu’il y a trop de « racaille d’agressions, une dame s’est fait arracher sa chaîne en or et tirer dans la rue par le cou, vous devez le savoir vous qui travaillez dans la presse, non ? Et regardez ! Dans le journal, ils n’en parlent pas. Vous le saviez ça, non ? »
Heu, non.
Je dis « bon » et je commence à me lever pour payer parce qu’il enchaîne que des phrases négatives. Je venais parler du plaisir à vivre ici, vérifier que c’était bien le cas, qu’on pouvait être heureux de vivre au quotidien sur la côte d’Azur. Je me suis trompée de personne pour mes questions.

Manger (encore)
Mais revenons à la salade de quinoa du Comptoir central électrique que je viens de terminer. Elle est servie dans un grand bol évasé aux coloris bleus et blancs qu’on aimerait avoir dans son buffet de salle à manger. Il n’y a pas que les chaises et les tables aux formes et formats variés qui sont disparates. Dans cette rue et ce quartier, les gens et les clients aussi sont très diversifiés. Il y a donc les deux quinquas, dont l’une porte un bracelet de perles associé à sa ceinture, les cheveux courts et des lunettes rondes sans monture, au-dessus de son sourire. Il y a beaucoup d’hommes élégants, minces, très lookés et tatoués qui se connaissent et se font la bise. Ils ont soigné leur apparence. Ils amènent une joie. Leurs goûts capillaires ou en matière de couvre-chefs font du bien à voir. Il y a aussi un homme au look branché d’intermittent ou de musicien et sa copine – on voit qu’ils s’aiment!- au rouge à lèvres rouge, carré brun net, vêtue de noir.
A chaque table, un style, un attroupement d’amis aux destinées vraiment différentes les unes des autres. Éparses.

Se heurter

Aujourd’hui, je me suis heurtée à un obstacle. Au sens propre. Je suis allée à pied, après le coco beach, un bar de bord de plage, boulevard Franck-Pilatte, le long du littoral et des rochers et de la Grande bleue qui illuminait l’atmosphère, en marchant sur un sol de béton blanc. Je me suis heurtée à un obstacle car on ne peut pas aller très loin en fait. C’est impossible de rejoindre Villefranche-sur-Mer, la ville voisine, par le sentier du bord de mer. Le monsieur au ventre rebondi sous sa chemise bleue me l’a confirmé plus tard. Une leçon.

Demain, il y aura certainement d’autres choses heurtantes, ou à admirer, ou desquelles s’étonner.

À demain donc.

Et pour ceux qui sont restés à la maison cet été, parce qu’avec les « circonstances sanitaires » ils n’avaient pas le cœur aux vacances, gardons en tête que voyager, c’est comme l’âge, c’est d’abord dans la tête que ça se passe.

Sophie Ughetto

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