Vacances et injonctions

Le récit qui suit n’est pas triste ni nostalgique ni plaintif. Le récit qui suit dit pourquoi il faut sortir de chez soi. Ce texte nous dit pourquoi la liberté restreinte nous rabaisse, nous ramène à ce que nous ne sommes plus, nous empêchant de progresser, nous faisant régresser, étouffant notre avenir. Ce texte dit pourquoi prendre l’air, rencontrer des ailleurs est plus que jamais nécessaire pour grandir et reconvoquer ce que nous étions avant, confortant nos identités multiples, malmenées, réprimées et tenues en laisse. Partons, écrivons, respirons. Trois injonctions urgentes, vitales, que défendent les lignes ci-dessous.

Les vacances . Partir. Écrire. 20/01/2021

Partir (être gelé, respirer, s’ouvrir. Partir)

Six heures du matin.

Six heures du matin. Dans une nuit sans lune, se hâter vers un métro déjà plein de ceux qui travaillent dur dans le froid et l’obscurité qu’ils traversent pour aller gagner leur croûte.

Six heures du matin

Quitter cette poisse épaisse qui colle à nos peaux refroidies
Cette liberté restreinte
Nos vies depuis un an devenues douces prison
Etre engloutis dans la nuit : cette nuit, ces heures noires qui tombent trop tôt, ces matins endormis, yeux collés de sommeil, pas de lumière au réveil
Cette nuit de l’hiver, cette nuit de l’âme, le gris du ciel qui tournoie au dessus de nos têtes, le gris des gens, leur manteau fermé sur leurs poitrines creuses, leurs poitrines creuses de ne plus rien vivre, leurs vacances restreintes, les frontières fermées, vous ne fêterez pas noël en famille, vous porterez un masque toute votre vie, vos enfants en maternelle aussi, vous ferez un test covid avant de voir vos proches. toute votre vie, on vous a éduqués à être autonomes, indépendants, à réparer vos blessures, à panser vos erreurs soyez adultes, avancez, construisez.
2020 : vous vous renfermez à l’intérieur de vous et de vos peurs, vous faites corps avec la solitude et l’angoisse, vous enterrez vos projets, vous gagnez moins. l’envie de progresser, si inhérente à l’être humain, au cœur de notre nature : vous l’aplatirez aussi, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien ou presque.
vous passez un an à faire des attestations, à laver des masques, à vous demander s’ils servent à quelque chose, s’ils sont efficaces et ce qu’il y a dans ces vaccins.

alors vous partez (espoir que le sang, fugace, revivifié, remonte enfin à votre cerveau, transportant des sentiments éteints)

Alors vous partez.

vous ouvrez votre manteau, vous allez au bord de mer. si vous ne parvenez pas à reremplir vos poumons d’air, si vous ne parvenez pas à, à nouveau, vivre comme avant, vous vous déchausserez peut être pour sentir l’inconfort des gros galets bleus sous vos pieds rougis, vous enlèverez vos habits et entrerez nus dans l’eau pour qu’elle vous saisisse, pour être gelés et que votre sang glacé remonte, fugace, à votre cerveau pour, qu’enfin, il reconnaisse les sentiments qu’avant le confinement il ne refoulait pas. pour, qu’enfin, vous redeveniez humain et non cet être prostré, frileux, craintif et soumis aux lois, aux nouvelles règles de société, ces nouvelles mesures que vous faites vôtres, restreignant votre liberté durement conquise, au fil du temps, au fil de luttes, de privations, d’indignations et de générations.

Vous partez (impatience de l’immédiateté)

Vous partez

le manteau ouvert, l’œil clignotant sous la lumière trop vive du soleil dont vous n’aviez plus l’habitude, vous écoutez les goélands et les oiseaux, vous noyez dans le ressac de la mer une insatisfaction contemporaine, celle de se jeter sur son téléphone à la moindre vibration, sur son appareil photo à la moindre émotion, sur ses messages à la moindre frustration. cette insatisfaction de notre génération : tout, tout de suite, sans attendre. Impatience de l’immédiateté. vous goûtez à la plénitude que vous renvoie la Méditerranée, son ciel, son rassurant mouvement imperturbable, éternel. Vous arpentez les marches de la colline du château. vous voulez parcourir les sentiers du littoral, manger des tourtes de blettes, abandonner votre regard dans les couleurs chaudes des bâtiments, partout en ville.

S’échapper et inventer

vous voulez imaginer que vous vivez là, que les arbustes qui sentent le sud font écho à votre passé enfoui quelque part. Vous êtes d’ici, vous dit une petite voix que vous n’écoutiez plus, d’ici, du sud : vous l’écouterez, c’est promis, le temps des vacances, avant que la vie du nord, de la grisaille et du froid ne vous engloutisse dans son ambiance à elle.

Encore heureux qu’on va vers l’été

Encore heureux qu’on va vers l’été, vous direz vous, plagiant le titre d’un roman, pour vous redonner du courage au moment de penser à ce nord, froid, humide, gris, que vous avez fait votre, désormais.

Sophie

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