Les femmes tracent le chemin

(article traduit par Patrizia D’Antonio et Anne Sollier)

Parkour

Un soir, lors d’un dîner avec mon fils et ses amis, l’un d’eux, un fan de sport- que je considère extrême- m’a montré une vidéo: il a grimpé sur un mur en essayant de sauter sur une terrasse.

– Aie! Je me suis dit! un suicide potentiel? Rien de tout cela, il m’a simplement montré ses prouesses, pas improvisées, mais étudiées et préparées avec soin et discipline, une activité au nom étrange: le parkour. Je me suis documentée: le Parkour n’est pas qu’un sport, c’est un défi, un chemin vers le paradis qui vous fait vous sentir puissant et invincible.

Il est né en France dans les années ‘90, initialement appelé “art du déplacement” et “parcours”, devenant plus tard “Parkour”, car on croyait que le remplacement de c par k rendait le terme plus fort. Certains le comparent à un véritable chemin de guerre, pour moi, en le regardant, il ressemble plutôt à une danse aérienne à l’infini. Les sportives de Parkour sont appelées traceurs, ou traceuses féminines, je parlerais ici d’un traceur de chemin.

Alessio m’a expliqué que dans ce sport, un parcours est effectué, dans des milieux naturels ou urbains, en essayant de surmonter divers obstacles avec des mouvements sobres et en s’adaptant à l’environnement avec différentes approches.

– Trop difficile pour une femme – ai-je pensé. J’avais tort. Surfant sur Internet, j’ai trouvé Monica ; elle est belle, agressive et simple. Elle défie les lois de la gravité avec des gestes sûrs et élégants. Je l’ai contactée pour notre blog, un court message sur WhatsApp. J’avais peur qu’elle soit arrogante et distante. D’après les photos, je voyais une femme confiante et, au contraire, elle a immédiatement répondu: « Je suis très contente je suis une fervente supporter de la communauté féminine italienne de Parkour qui est malheureusement très petite par rapport à la masculine.»

Les filles qui veulent aborder le Parkour ne trouvent pas ça facile. Mis à part la curiosité initiale pour ceux qui les voient grimper sur les murs et sauter d’un obstacle à l’autre, les femmes ne gagnent pas en crédibilité. On pense qu’il s’agit d’un sport masculin, peu adapté à la fragilité féminine. Une attitude commune à presque tous les sports si on se souvient de l’obstructionnisme de ces dernières années envers le football féminin, qui a eu du mal à être accepté. Mais on sait que les femmes se sont battues pendant longtemps pour l’égalité dans le sport à travers l’histoire. Rappelez-vous qu’autrefois, elles ne pouvaient pas ni le pratiquer ni même assister aux compétitions. Aujourd’hui, les sportives en général luttent pour briser les barrières entre les sexes dans les sports considérés comme masculins. Elles ne sont acceptés que dans les sports traditionnellement «féminins», comme le patinage et la gymnastique artistique. Lorsqu’elles

s’engagent dans des disciplines comme le Parkour, elles sont traitées de manière paternaliste, leur sexualité est remise en question, et on s’inquiète des dommages que pourrait subir le physique délicat de la femme.

Le Parkour féminin en Italie a peu de visibilité mais je suis sûre que les traceuses pourront se multiplier, et, comme leur nom l’indique, elles traceront le chemin pour celles qui voudront non seulement porter des ballerines et des tutus mais voudront vivre leur passion et, pourquoi pas, le transformer en une profession.

R.

Monica

Avant d’aborder le monde du Parkour j’ai été danseuse pendant 15 ans, pratiquant différents styles: classique, moderne, contemporaine, hip hop, latino-américaine et danse tango. La danse classique est un monde opposé au Parkour : tout en rose, entièrement féminin. Un monde dans lequel on se bat contre les stéréotypes sur les garçons qui dansent.

Au lycée j’ai rencontré une personne qui, m’ayant vu sauter entre les rampes des parkings, m’a demandé si j’étais une adepte du Parkour. Surprise j’ai répondu non. Il m’a alors invitée à l’une des sessions de formation à Turin. Je me souviens encore du grand nombre de personnes présentes. Je n’aurais jamais pensé qu’il y aurait autant de monde: beaucoup d’amis, qui sortaient dans la rue pour pratiquer librement la même discipline. C’était comme une communauté cachée. Je me suis demandé comment je n’avais jamais vu auparavant ces athlètes dans les rues de Turin. C’était merveilleux. Ce monde m’a d’abord fait un peu peur. J’ai vu ces gens faire des mouvements au-delà de toutes mes attentes. Lors de cette première formation, j’ai tout de suite remarqué que parmi ce groupe de 30, il n’y avait pas de femmes. On m’a dit qu’elles préféraient faire d’autres activités. À ce moment-là, c’est devenu mon défi personnel : surmonter les peurs que cette discipline créait en moi, bien que je sois une femme.

La persévérance, dans cette pratique, m’a toujours aidée, jusqu’au moment où j’ai dû reconnaitre mes limites physiques, savoir quand le corps est fatigué et quand il faut s’arrêter. Je l’ai compris il y a 2 ans quand je me suis cassé le bras en essayant et en réessayant plus de 30 fois un mouvement que je n’arrivais pas à effectuer comme je le voulais. J’étais têtue et je ne savais pas que je devais écouter mon corps. Mais de cette erreur j’ai quand même appris. Maintenant je vais très bien et avec une expérience fondamentale en plus qui m’a fait grandir.

Pour accompagner au maximum les filles pratiquant cette discipline même à distance, j’ai créé une page instagram « @traceuses_italy» qui reprend les progrès et les vidéos des sportives italiennes, et s’engage chaque année à organiser des rencontres gratuites pour réunir le plus de filles possible de toute l’Italie. Même celles qui n’ont jamais pratiqué et souhaitent se rapprocher de ce monde.

J’espère que mon témoignage aidera beaucoup les femmes à comprendre qu’il est toujours possible de se fixer des objectifs, de se battre pour les atteindre et de défier les conventions qui veulent les hommes sur le terrain et les femmes sur les pistes de danse. Si je veux voir des danseurs masculins, je veux aussi voir des rues pleines de femmes, des centaines de traceuses qui savent laisser des traces importantes, non seulement des plumes et des paillettes, mais aussi des larmes, de la sueur, de l’effort et de l’engagement.

Monica Del Piano

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Monica, Torino

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